Balades secrètes et insolites en Haute Sarthe : Marcher là où le quotidien s’oublie

03/11/2025

À l'ombre des ruines : le chemin des vieux moulins de la Sarthe

Dans la vallée, la Sarthe s’étire paresseusement entre champs et bosquets, ponctuée ici et là de moulins perdus dans le lierre. Entre Montbizot et Vivoin, un parcours d’environ 11 km serpente en bord de rivière, alternant petits bois, prairies humides et passages au ras de l’eau.

  • Insolite ? Les vestiges discrets des moulins à eau, certains encore debout, d’autres simples silhouettes de pierres parmi les orties. On raconte qu’il y en avait plus de 130 dans tout le département jusqu’au début du XXᵉ siècle (Source : Annales de Géographie, 1948).
  • Pause recommandée sous le pont de Vivoin, où la Sarthe murmure plus fort et où la lumière de fin d’après-midi joue avec les arches, parfait pour une photo ou un simple moment contemplatif.
  • Poutres branlantes, roues de pierre, petits barrages : une plongée dans l’ingéniosité rurale d’autrefois.

Ce chemin est balisé par quelques panneaux mais reste peu fréquenté, l’idéal pour ceux qui aiment sentir l’histoire sous la mousse et écouter la rivière raconter ses contes d’eau. Chaussez vos bottes si l’automne s’installe, certains passages deviennent alors aussi glissants qu’une anguille au marché de Sablé !

La boucle des ifs et des mystères, entre Assé-le-Boisne et Mézières-sous-Lavardin

Perchés sur les hauteurs, les ifs centenaires de l’église d’Assé-le-Boisne veillent sur la mémoire des lieux. Ce circuit d’une douzaine de kilomètres oscille entre bois touffus, vues sur la campagne et passages près de mares à tritons.

  • Insolite ? On croise l’un des plus vieux ifs du département, estimé à environ 1 000 ans selon la mairie d’Assé-le-Boisne. Il trône, fier et silencieux, dans le cimetière, abritant mésanges et secrets anciens.
  • Un dolmen perdu au détour d’un chemin creux – les locaux l’appellent « la Pierre Turquaise » – fournit le décor type pour les contes imaginaires ou une pause à l’ombre quand le soleil tape fort sur les blés.
  • En saison, la balade est ponctuée de chants d’oiseaux rares et parfois, paraît-il, du long glapissement du renard gris qui loge dans les lisières.

Pour ne pas manquer le vrai départ, cherchez le petit panneau de randonnée derrière la mairie, quasi invisible à ceux qui ne connaissent pas les usages du coin.

Le sentier des chapelles oubliées entre Neuvillalais et Crissé

Ici, l’insolite se niche dans la simplicité. Entre Neuvillalais et Crissé, sur 8 km environ, la balade croise trois anciennes chapelles isolées dans les champs, souvent fermées, parfois envahies par les ronces mais toutes chargées d’histoires.

  • Insolite ? La chapelle Saint-Aignan, un minuscule édifice roman presque englouti sous les lierres, aurait été, selon la tradition orale, un refuge discret pour les colporteurs du XIXe siècle fuyant la maréchaussée (« Sarthes mystérieuses », J.-L. Marcou, éditions Alan Sutton).
  • Chaque chapelle possède sa propre fontaine, plusieurs fois évoquées dans les récits de pluie miraculeuse lors des sécheresses passées : certaines familles du coin n'hésitent pas à dire que les paysans venaient encore s’y recueillir jusque dans les années 1960.
  • Le parcours traverse aussi la Forêt de la Petite Charnie, zone Natura 2000, abritant des dizaines d’espèces protégées de chauve-souris et de salamandres.

En remontant vers Crissé, le sentier grimpe avant de basculer dans une belle vallée sèche couverte de genêts et de jacinthes au printemps. C’est un coin rarement mentionné dans les offices de tourisme, fréquenté surtout par les amoureux des vieilles pierres et les rêveurs invétérés.

Forêt, fontaines et traces de druides : la boucle enchantée de Courtillers et Piacé

Certains coins portent encore la rumeur des légendes. Aux abords de Courtillers, la forêt de Perseigne (plus grande forêt domaniale de la Sarthe, avec plus de 5 000 hectares selon l’ONF) étend ses futaies de hêtres et de chênes majestueux, et cache quelques surprises pour qui sait regarder autrement.

  • Insolite ? On y retrouve la Fontaine du Druide, à peine signalée, réputée dans les vieux grimoires pour faire disparaître les verrues et les chagrins amoureux… à condition d'y laisser un trèfle à quatre feuilles !
  • Une portion du sentier suit l’ancienne voie gallo-romaine reliant Le Mans à Alençon, encore visible grâce à ses bornes érodées, vestiges d’un archaïsme précieux.
  • À la lisière de la forêt, une stèle commémore la présence des maquisards de Perseigne durant la Seconde Guerre mondiale, rappelant que chaque chemin cache parfois un peu plus que de simples promenades.

Le sentier court sur une dizaine de kilomètres, entre grandes allées boisées et clairières oubliées. Chaque fin d’après-midi, la lumière y est douce, presque dorée : avis aux amateurs de photos, c’est l'endroit rêvé pour ramener plus que des souvenirs.

Sous le signe des haies et du bocage : les « randos-escapades » du Saosnois

Dans cette partie nord de la Haute Sarthe, le bocage est roi. Un entrelacs de sentiers courts, rarement balisés, relie fermes isolées, pommiers tordus et petits ponts de pierre. Ici, la ballade n’est pas une direction, c’est une suggestion : chaque carrefour réserve sa surprise. Voici trois « micro-balades » rassemblées en un même après-midi, autour du village de Mamers (cité pour son marché réputé : plus de 300 ans de tradition le mercredi matin – France Bleu).

  1. La Voie des Tertres à Saint-Rémy-des-Monts : à peine 3 km le long d’anciens vergers, cette voie offre au printemps le spectacle discret des premières jonquilles et, parfois, le passage d’une harde de chevreuils.
  2. Les Prés de la Touche : 4 km au ras du sol, à travers un polder naturel envahi de libellules en été (ici, on peut croiser, selon les relevés de la LPO, pas moins de 7 espèces différentes d’odonates, dont la rare anax empereur).
  3. La Butte aux Châtaigniers : 2,5 km en boucle, au sommet d’une ancienne motte féodale, de laquelle on observe tout le bocage déployé à perte de vue. Privilégier la balade à l’automne, quand les châtaignes pavent le sentier et que le sol sent l’humus chaud.

Ce secteur offre aussi l’opportunité de s’arrêter dans l’une des guinguettes ou petits cafés du coin, vestiges vivants d’un certain art de vivre à la sarthoise – celui où la marche mène souvent vers une part de tarte aux pommes maison.

Chevaux, landes et haras : à Sainte-Jamme-sur-Sarthe

Marcher, ici, c’est parfois faire le tour du village… en compagnie de chevaux. La balade des haras de Sainte-Jamme (environ 7 km) plonge dans l’univers équestre, de la ronde des poulinières à l’ombre des haies d’ajoncs.

  • Le village accueille chaque année la fête du cheval, et aligne plus de 15 haras différents sur moins de 4 km² (source : Mairie de Sainte-Jamme-sur-Sarthe).
  • Des sentiers traversent polder sec, landes à bruyères et prairies : le parfum de la menthe sauvage y côtoie celui du crottin, et les enfants se régalent souvent d’apercevoir poulains et étalons.
  • En bordure du circuit, l’ancienne voie ferrée désaffectée propose un tronçon plat, parfait pour ceux qui veulent marcher sans embûches… ou tester le géocaching local, avec une dizaine de caches recensées sur OpenCaching.

L’esprit Haute Sarthe : marcher, c’est choisir la lenteur

Ce qui fait le sel de ces balades insolites, ce n’est pas tant la distance ou la performance, mais la capacité à s’étonner encore, là où la carte paraît blanche et le GPS muet. Que ce soit parmi les ifs millénaires, à l’ombre des moulins oubliés ou sur les chemins de bocage, la Haute Sarthe offre des marches qui sont autant de fenêtres sur le temps qu’un territoire sur les paysages.

  • Ceux qui aiment l’observation d’oiseaux rares (le circaète Jean-le-Blanc est parfois aperçu au-dessus des vallées du nord au printemps – source : LPO Maine).
  • Les amateurs de légendes seront servis, car chaque village aligne son lot d’histoires mystérieuses, de fontaines magiques et de pierres étranges.
  • Et pour qui n’a pas peur de revenir crotté ou parfumé à la fougère, la Haute Sarthe se découvre aussi hors saison, quand les chemins ont repris leur solitude et que la brume s’invite parfois comme une invisible compagne…

Il ne reste plus qu’à enfiler de bonnes chaussures, ouvrir l’œil et faire confiance au talent du hasard. Qui sait, peut-être que derrière la prochaine haie, une aventure attend son promeneur – car la Haute Sarthe aime plus que tout ceux qui la parcourent doucement.

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